La Bretagne, terre de dragons

On en parle curieusement pas beaucoup, mais la Bretagne est aussi terre de dragons ! Ils apparaissent dans plusieurs légendes où saints celtiques, ermites, archanges ou évêques se disputent l’honneur d’en avoir terrassé.

Citons évidemment en premier lieu saint Michel qui terassa plusieurs dragons en divers endroits du monde occidental. Evoquons aussi le dragon que Gildas enchaîna en arrivant dans la presqu’île de Ruys, celui terrassa Efflam, les deux monstres qu’affama Pol-Aurélien au Faou, etc. On vit aussi un monstre à neuf têtes dans une grotte de Belle-Isle-en-Mer. Sans oublier, dans un genre proche, ces serpents que noyèrent Tugdual à Tréguier et Saint-Pol à l’île de Batz.

Saint Michel terrassant un dragon.

Dans les détails, le dragon peut avoir plusieurs têtes, plusieurs pattes, des ailes de chauve-souris, des cornes, des griffes de félin... Tous ces monstres sont sans doute imaginaires mais peuvent évoquer de véritables animaux, les grands sauriens aujourd’hui disparus. On les retrouve sculptés dans la pierre de nombre de manoirs et de chapelles. Et certains disent-même reconnaître les écailles de leur dos dans les roc’hs des monts d’Armée.

Symboliquement, le dragon maîtrise aux quatre éléments fondamentaux : l’eau, la terre, l’air et le feu. Ses écailles lui permettent de nager, il vit sous terre, vole et crache du feu. Hors sa taille gigantesque, il peut avoir plusieurs têtes, plusieurs pattes, des ailes de chauve-souris, des cornes, des griffes de félin...

Une fonction magique

Dans le légendaire celtique, le dragon a une fonction magique. Il est symbole de puissance et de fertilité. Il sert également d’intermédiaire entre les vivants et les morts. D’un point de vue esthétique, la forme du dragon se prête bien à l’art celtique qui privilégie les courbes, entrelacs, et la transfiguration du réel. Au moyen-âge, les dragons habitent dans des rivières ou des marécages. Leur colère provoque catastrophes naturelles et épidémies mortelles. Ils sont la nature mystérieuse et puissante qu’il faut combattre.

Peu à peu, l’église s’est appropriée les représentations anciennes et païennes du dragon. Il perd alors son caractère ambivalent pour ne plus symboliser que le pêché. Il devient l’incarnation de Satan. Sous forme de gargouille, il orne fréquemment les églises.

Dans la légende arthurienne, le dragon est l’ennemi spécifique des chevaliers et les traditions populaires ou littéraires nous ont transmis quelques figures de chevaliers tueurs de dragons. Le roi Arthur est lui-même réputé pour avoir affronté des dragons. Merlin ne combat pas le dragon mais utilise sa puissance pour protéger l’armée d’Arthur et le dragon rouge est devenu l’emblème du Pays de Galles ainsi que, bien plus tard, celui du Trégor.

Un dragon sur un gisant de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon et le drapeau du Trégor.